Après le protocole d’accord américano-iranien : une affaire diplomatique inachevée
⚡ Résumé rapide
À peine quatre semaines après la signature du mémorandum d’accord américano-iranien qui a mis fin à l’une des confrontations les plus dangereuses entre les deux rivaux depuis des décennies, les missiles traversent à nouveau le Golfe, la navigation commerciale se retire du détroit d’Ormuz et les prix du pétrole augmentent à nouveau.
À peine quatre semaines après la signature du mémorandum d’accord américano-iranien qui a mis fin à l’une des confrontations les plus dangereuses entre les deux rivaux depuis des décennies, les missiles traversent à nouveau le Golfe, la navigation commerciale se retire du détroit d’Ormuz et les prix du pétrole augmentent à nouveau.
Au cours des dernières 24 heures, la confrontation est entrée dans sa phase la plus dangereuse depuis la reprise des hostilités la semaine dernière, les deux parties intensifiant fortement leurs opérations militaires. Du jour au lendemain, les États-Unis ont mené une nouvelle vague de frappes de précision contre des infrastructures militaires et pétrochimiques dans le sud de l’Iran, ciblant des installations dans la province pétrolière du Khuzestan ainsi que des sites autour de Bandar Abbas, de l’île de Qeshm et de Bushehr. Il a utilisé des avions, des moyens navals et – pour la première fois dans la campagne – des drones maritimes pour dégrader les capacités de défense aérienne, de missiles et côtières de l’Iran. Des images open source ont corroboré les dommages causés à la base aérienne d’Omidiyeh et à un bâtiment du complexe nucléaire de Bouchehr.
Un projectile tombe à un endroit inconnu, au cours de ce que le commandement central américain considère comme des frappes sur des cibles militaires iraniennes, dans cette capture d'écran tirée d'une vidéo publiée le 11 juillet 2026. — Reuters
L’Iran a répondu par des frappes de missiles balistiques contre des installations liées à la présence militaire américaine à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie, tout en maintenant simultanément la pression dans le détroit d’Ormuz par le biais de missiles antinavires et en continuant à interférer avec la navigation commerciale.
Ces échanges ont encore réduit le trafic maritime à un chiffre, renforçant une tendance devenue de plus en plus évidente ces derniers jours, selon laquelle Washington s’est appuyé sur des frappes de précision à longue portée contre les infrastructures militaires iraniennes tandis que Téhéran a cherché à exploiter la géographie et les capacités maritimes asymétriques pour imposer des coûts et perturber la navigation.
Qui contrôlera le détroit d’Ormuz ?
Ces évolutions ne sont pas surprenantes car le protocole d’accord n’a jamais eu pour objectif de résoudre le différend qui a abouti au conflit ; au lieu de cela, il a simplement suspendu les combats suffisamment longtemps pour que les négociations sur les questions politiques les plus difficiles puissent commencer. La dernière escalade est donc moins un effondrement de la diplomatie qu’un rappel du travail diplomatique inachevé.
L’une des questions non résolues par le protocole d’accord, et qui ramène désormais les deux parties au bord du gouffre, est celle de savoir qui déterminera en fin de compte les règles régissant la navigation dans le détroit d’Ormuz, la principale porte maritime pour les exportations d’énergie du Golfe vers les marchés internationaux.
La controverse découle du libellé de la cinquième clause, en vertu de laquelle l’Iran s’engage, « en faisant de son mieux », à assurer le passage en toute sécurité des navires commerciaux pendant une période initiale de 60 jours, tout en s’engageant également à rétablir un trafic normal après avoir éliminé les obstacles militaires et techniques, y compris les opérations de déminage. Mais plus important encore, la clause stipulait que l’Iran mènerait un dialogue avec Oman « pour définir la future administration et les services maritimes dans le détroit d’Ormuz, dans le cadre de discussions avec d’autres États riverains du golfe Persique, conformément au droit international applicable et aux droits souverains des États côtiers du détroit d’Ormuz ».
Des navires sont ancrés dans le détroit d'Ormuz, au large de la ville portuaire de Khasab, dans le nord de la péninsule de Musandam, à Oman, le 17 mai 2026. — AFP
Cette formulation soigneusement négociée est devenue la principale source de désaccord. Washington a interprété la référence au droit international comme une réaffirmation du principe de longue date de la liberté de navigation sur une voie navigable internationale. En revanche, Téhéran a mis davantage l’accent sur la référence aux droits souverains des États côtiers, arguant que tout futur accord de gouvernance doit reconnaître l’autorité et les préoccupations de sécurité des pays côtiers, en particulier de l’Iran. La formulation de la clause a rendu possible la signature du protocole d’accord, mais elle a essentiellement reporté le différend à une date ultérieure.
Téhéran estime que l’avantage militaire qu’il a acquis au cours du conflit lui permet d’établir une surveillance plus stricte des mouvements maritimes dans les eaux adjacentes à son littoral, de sorte que les routes précédemment utilisées, selon lui, pour faciliter les opérations militaires hostiles ne pourraient plus fonctionner sans un examen plus approfondi. Washington, en revanche, a soutenu que la liberté de navigation sur l’une des principales artères commerciales du monde ne pouvait jamais être cédée aux préférences ou aux perceptions de sécurité d’un seul État, car accepter un tel précédent aurait des implications bien au-delà du Golfe.
Ces hypothèses concurrentes sont désormais apparues comme la principale ligne de fracture de l’ordre d’après-guerre.
Il est donc important que la reprise de la violence ne soit pas considérée simplement à travers le prisme d’un nouvel échange de missiles, car la dimension militaire ne fait que souligner la lutte pour la souveraineté, l’influence stratégique et les interprétations concurrentes de la clause de gouvernance du détroit.
Dès la signature du protocole d’accord, les deux parties ont semblé reconnaître qu’il représentait une pause temporaire plutôt qu’un règlement permanent. Par conséquent, ils ont discrètement utilisé les semaines qui ont suivi pour se préparer à l’éventualité qu’ils croyaient probable. L’Iran a restauré les infrastructures endommagées, reconstitué ses stocks militaires et accru ses exportations de pétrole, tandis que Washington a effectué une rotation des forces, réparé les installations militaires, renforcé les déploiements régionaux et reconstitué les réserves stratégiques.
Qui a le dessus ?
Cela fait, aucune des deux parties n’est cependant encore capable d’imposer son résultat préféré par des moyens militaires.
Les États-Unis conservent sans aucun doute une supériorité écrasante en termes de capacité de frappe de précision, de moyens de renseignement et de projection de puissance à longue portée, ce qui leur permet de cibler les systèmes de défense aérienne iraniens, les infrastructures militaires côtières, les installations logistiques, les sites de missiles et les infrastructures énergétiques avec une efficacité considérable. Pourtant, cette supériorité militaire continue d’être mise en échec par des contraintes géographiques, car le contrôle de l’Iran sur la côte nord, ainsi que le déploiement de batteries de missiles mobiles, de drones, d’engins d’attaque rapide et de systèmes de surveillance côtière, lui permettent de générer suffisamment d’incertitude pour perturber la navigation commerciale sans égaler les capacités conventionnelles américaines.
Des interceptions de défense aérienne sont observées dans le ciel au-dessus de Doha, le 12 juillet 2026. — AFP
En outre, l’Iran a une fois de plus démontré sa capacité à imposer des coûts plutôt qu’à obtenir une victoire décisive en compliquant le trafic maritime, en menaçant les installations militaires régionales et en maintenant une pression asymétrique dans les eaux confinées du Golfe. Cependant, Téhéran ne parvient pas à établir un accord maritime stable et acceptable pour les États-Unis, ses voisins du Golfe et la communauté internationale. Ironiquement, la poursuite de l’exploitation du détroit demeure également essentielle au redressement économique de l’Iran et à sa reconstruction d’après-guerre.
En conséquence, on assiste à un équilibre précaire dans lequel une partie possède la capacité de punir tandis que l’autre conserve la capacité de perturber, mais aucune des deux parties ne peut échapper à la confrontation, les laissant toutes deux capables de prolonger le conflit sans le résoudre fondamentalement.
Les conséquences commerciales ont suivi presque immédiatement. Les compagnies maritimes ont réduit les transits par le détroit d’Ormuz, les coûts d’assurance ont augmenté et les marchés pétroliers ont recommencé à intégrer l’incertitude géopolitique dans les approvisionnements énergétiques mondiaux ; non pas parce que des pénuries physiques se sont déjà matérialisées, mais parce que l’incertitude prolongée sur la gouvernance de la voie navigable elle-même introduit des risques que les marchés cherchent invariablement à anticiper. Des infrastructures d’exportation alternatives via l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourraient compenser une partie de la perturbation, mais aucun réseau existant ne possède la capacité de remplacer pleinement les énormes volumes qui transitent habituellement par Ormuz, ce qui rend une instabilité prolongée économiquement coûteuse non seulement pour la région mais aussi pour les principales économies importatrices d’énergie en Asie et en Europe.
Cette capture d'image tirée d'une séquence vidéo de l'AFPTV du 12 juillet 2026 montre un cargo mouillant près du détroit d'Ormuz au large de la côte est des Émirats arabes unis à Khor Fakkan. -AFP
C’est précisément la raison pour laquelle la confrontation actuelle ne peut être résolue exclusivement par un conflit militaire. La question centrale n’est plus de savoir si l’une ou l’autre partie peut frapper plus fort, mais si les deux peuvent éventuellement s’entendre sur un cadre qui réponde simultanément aux préoccupations de sécurité de l’Iran en tant que principal État du littoral nord, tout en préservant les principes internationalement acceptés régissant la navigation commerciale sur l’une des voies navigables les plus stratégiquement importantes du monde.
Comment le rôle du Pakistan devrait évoluer
Cela explique également pourquoi, même si les échanges militaires se sont intensifiés, la diplomatie s’est poursuivie discrètement en coulisses.
Pour le Pakistan, qui a investi un capital diplomatique considérable pour faciliter le cessez-le-feu d’avril et la signature du protocole d’accord, la dernière escalade est porteuse de leçons qui vont au-delà du conflit immédiat. Islamabad ne devrait ni considérer la reprise des combats comme une preuve que le résultat de sa médiation ne pourrait pas être maintenu, ni supposer que la signature du protocole d’accord a accompli sa tâche diplomatique.
Amener les adversaires à la table des négociations a été une réussite considérable, en particulier à un moment où l’escalade militaire semblait prendre le pas sur la diplomatie, mais les cessez-le-feu sont par nature des instruments de transition dont la durabilité dépend de l’architecture politique qui les suit.
Cette architecture reste incomplète.
La contribution du Pakistan devrait donc évoluer d’une médiation de crise vers un engagement politique soutenu, un soutien aux négociations techniques le cas échéant et une collaboration avec les acteurs régionaux, en particulier Oman, dont la position géographique et la crédibilité diplomatique le rendent indispensable à tout futur arrangement régissant le détroit.
Une telle approche non seulement renforcerait la pertinence diplomatique du Pakistan, mais serait également plus réaliste dans la mesure où les événements récents ont souligné une réalité plus large, à savoir que les guerres peuvent être interrompues grâce à la diplomatie, mais qu’une paix durable dépend de la résolution des différends qui les ont engendrées en premier lieu.
Image d'en-tête : Un homme marche à côté d'une maquette symbolique d'un missile iranien et d'un drapeau iranien sur la place Imam Hussein à Téhéran, Iran, le 12 juillet 2026. — Reuters
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