Pendant quelques heures samedi, il est apparu que le long effort diplomatique mené par le Pakistan pour mettre fin à la guerre américano-iranienne approchait de son point culminant. Le président Donald Trump a parlé de signer un accord dimanche, tandis que les médiateurs pakistanais et qataris ont fait écho avec une grande confiance. Il est intéressant de noter que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a également fait remarquer qu’un accord n’avait jamais été aussi concluant. Pourtant, quelques heures plus tard, Téhéran a publiquement repoussé les informations selon lesquelles une cérémonie de signature était imminente, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, indiquant clairement qu'aucun accord ne serait signé ce jour-là. Pourtant, au moment où ces lignes étaient rédigées, il n'était pas clair si le retard était temporaire ou si les négociateurs avaient du mal à aplanir les divergences non résolues. Quoi qu’il en soit, une telle incertitude n’est pas inhabituelle en diplomatie, surtout lorsqu’elle se déroule entre de grands rivaux comme les États-Unis et l’Iran. Néanmoins, les grandes lignes de l’accord proposé sont désormais suffisamment visibles pour évaluer quel type d’accord est en train de prendre forme et pourquoi il suscite des réactions très différentes parmi les parties prenantes. Il s’agit plutôt d’une mesure provisoire Le premier point à comprendre est que le mémorandum proposé ne semble pas être un accord de paix au sens conventionnel du terme. Il n’a pas été formulé, selon les détails divulgués jusqu’à présent, pour résoudre le différend sur le programme nucléaire iranien, régler les questions liées aux sanctions, aborder l’équilibre des pouvoirs régional ou régler l’avenir des partenaires et alliés régionaux de l’Iran. Au lieu de cela, il apparaît comme un armistice plus un cadre essentiellement préparé pour mettre fin à l’escalade, rouvrir le détroit d’Ormuz pour relancer le commerce régional interrompu en raison des hostilités et créer un processus de négociation structuré pour les différends non résolus. Cette distinction est importante car l’accord repose moins sur la réconciliation que sur l’épuisement des parties belligérantes. Après des mois de confrontation, d’échanges de missiles, d’attaques contre des installations militaires, de perturbation du trafic maritime et de pertes économiques croissantes, les deux parties semblent avoir conclu qu’une escalade continue comportait de plus grands risques qu’un compromis imparfait. L’accord qui se dessine ressemble donc moins à un grand accord qu’à un mécanisme de stabilisation temporaire conclu après une confrontation coûteuse au cours de laquelle aucune des deux parties n’a obtenu suffisamment de résultats pour justifier la prolongation du conflit. La lecture la plus défendable des projets de textes et des déclarations publiques disponibles jusqu’à présent est que l’accord établirait une trêve renouvelable de 60 jours construite autour d’un nombre limité de mesures pratiques. Ces mesures comprennent la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz, la suppression des obstacles affectant le trafic maritime, l'assouplissement progressif du blocus américain affectant les transports maritimes et les ports iraniens, la levée temporaire des sanctions, la libération partielle des fonds iraniens gelés et le lancement d'un processus diplomatique pour résoudre ultérieurement des questions plus difficiles. Par conséquent, une lecture prudente de l’accord imminent est que son objectif immédiat est de restaurer la stabilité dans le Golfe plutôt que de résoudre les différends qui ont provoqué la guerre. Cela explique également pourquoi le dossier nucléaire reste l’aspect le moins réglé de l’accord proposé. Le cadre émergent a donc été conçu non pas pour résoudre le problème mais pour le reporter jusqu’à ce qu’un accord plus large soit obtenu. La question nucléaire Les responsables américains continuent de présenter le processus comme une voie vers un éventuel démantèlement du programme nucléaire iranien et l’élimination de son stock d’uranium hautement enrichi. Les responsables iraniens, quant à eux, insistent sur le fait que le mémorandum actuellement en discussion se concentre sur la fin des hostilités et le rétablissement de la stabilité, tandis que les questions nucléaires seront abordées séparément à un stade ultérieur. Les projets disponibles semblent refléter cette contradiction plutôt que de la résoudre. Il existerait des références à de futures discussions sur la gestion des stocks, la réduction des mélanges et les restrictions à long terme sur l'enrichissement, mais les mêmes textes suggèrent que le dossier nucléaire est effectivement reporté jusqu'à ce que le protocole d'accord attendu entre en vigueur. D'un point de vue diplomatique, il s'agit d'un accord de processus destiné à créer les conditions dans lesquelles de telles négociations pourraient devenir possibles ultérieurement. La même prudence s’applique aux informations selon lesquelles le protocole d’accord imminent comprendrait des garanties mutuelles de non-attaque et des engagements de non-ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures de l’Iran. Conditions économiques La composante économique du protocole d’accord proposé est tout aussi importante. Selon des informations circulant dans les cercles diplomatiques et régionaux, l'Iran rouvrira le détroit d'Ormuz à la navigation commerciale sans imposer de droits de transit aux navires de passage, bien qu'il puisse facturer des services auxiliaires tels que le carburant, l'assurance, l'assistance portuaire et les mesures de protection de l'environnement. L’accord ouvrirait également la voie à la libération d’environ 12 milliards de dollars d’actifs iraniens gelés à l’étranger, mais pas entièrement sous la forme initialement recherchée par Téhéran. Les négociateurs iraniens auraient insisté pour obtenir un accès direct aux fonds, tandis que les États-Unis souhaitent un mécanisme selon lequel une partie substantielle de l’argent serait utilisée uniquement à des fins humanitaires. Les projets de textes qui circulent dans les cercles diplomatiques contiennent des termes relatifs à la retenue réciproque et au respect de la souveraineté. Cependant, ces dispositions restent non confirmées et devraient être considérées comme des projets de formulation plutôt que comme des engagements établis. Leur inclusion, si elle se concrétise finalement, aurait une signification politique considérable, en particulier pour Téhéran, mais on ne peut qu’espérer qu’ils perdureront dans le texte final. Ces problèmes, entre autres, peuvent expliquer la réticence des parties prenantes concernées malgré une dynamique diplomatique visible. Le symbolisme de tout cela Certains commentaires en Iran ont attribué l'objection à la signature dimanche au symbolisme. Ceux qui défendent cette idée suggèrent que Téhéran pourrait être réticent à offrir au président Trump un succès diplomatique le jour de son anniversaire. Une explication similaire a également été donnée pour la signature numérique du protocole d’accord. Téhéran ne veut pas donner à Trump une image de la signature d’un accord de paix, qu’il peut afficher. Le symbolisme compte sans aucun doute dans la politique iranienne, où les perceptions de dignité et de résistance influencent souvent la prise de décision politique. Mais en tant qu’observateurs extérieurs, se concentrer uniquement sur le symbolisme risque de négliger le débat plus substantiel déjà en cours en Iran. La plus forte résistance au protocole d’accord vient des cercles politiques conservateurs et des circonscriptions associées aux Gardiens de la Révolution, qui sont profondément préoccupés par l’ordre des concessions que l’Iran est censé accorder aux États-Unis, notamment en ce qui concerne la réouverture du détroit d’Ormuz. Leur argument est relativement simple : après la réouverture d’Ormuz, l’Iran se retrouvera avec une influence réduite, qu’il avait accumulée pendant le conflit alors qu’il entrait dans les négociations principales. Les critiques, parmi lesquels figurent des voix puissantes, insistent sur le fait que l’Iran, en retour, obtient simplement des promesses d’allègement des sanctions, d’accès aux avoirs gelés et de normalisation économique qui se dérouleraient progressivement et resteraient soumises aux futures décisions politiques de Washington. Pour beaucoup à Téhéran, le souvenir de l’accord nucléaire de 2015 et du retrait ultérieur des États-Unis reste difficile à ignorer. La question centrale soulevée par les critiques n’est donc pas de savoir si la diplomatie est souhaitable, mais si les concessions iraniennes sont faites dès le début alors que les obligations américaines restent conditionnelles et réversibles. Ce débat interne semble exercer une plus grande influence sur le calendrier de l’accord que les questions de procédure entourant la signature du protocole d’accord lui-même. L’intense activité diplomatique qui a suivi l’hésitation de Téhéran à signer le jour annoncé par Trump reflétait la crainte des médiateurs qu’un retard puisse entraîner des complications inattendues. Une activité diplomatique intense Des informations provenant de plusieurs canaux diplomatiques suggèrent que le Pakistan et le Qatar ont intensifié leurs contacts avec les responsables iraniens après la déclaration selon laquelle la signature n'aurait pas lieu dimanche. L'engagement du Qatar a été publiquement reconnu, tandis que des diplomates régionaux ont suggéré qu'une conversation de fin de soirée entre le chef des forces de défense et le chef d'état-major de l'armée, le maréchal Asim Munir et Araghchi, sur la question avait également eu lieu. Bien que tous ces récits n’aient pas été vérifiés de manière indépendante, ils illustrent à quel point les acteurs régionaux se sont investis dans la conclusion d’un accord. Cet investissement est compréhensible car presque tous les acteurs régionaux voient des avantages potentiels dans la stabilisation, même si leurs raisons diffèrent. Pour les États du Golfe, la priorité est simple. Ils attendent avec impatience la réouverture des voies de navigation, la réduction des risques pour les infrastructures énergétiques et la moindre perspective d’une guerre régionale plus large. Pour Washington, l’accord offrirait l’occasion d’empêcher une nouvelle escalade tout en préservant son influence diplomatique sur la question nucléaire et aussi quelque chose que le président Trump pourrait célébrer après une guerre qu’il a déclenchée, mais qui ne s’est pas déroulée comme il l’avait prévu. Pour Téhéran, cet accord offre un répit économique et un soulagement partiel des pressions créées par la guerre et les sanctions. Mais l’Iran semble également accorder une grande importance à la dignité et montrer qu’il garde le dessus dans le processus. Les calculs d’Israël restent plus compliqués. Les décideurs politiques israéliens accueilleraient favorablement tout arrangement contraignant l’Iran, mais restent sceptiques quant aux accords qui laissent à Téhéran des capacités nucléaires résiduelles ou qui imposent des limites aux futures options militaires d’Israël. Le dossier du Liban, quant à lui, pourrait fournir une première indication de la durabilité du cadre plus large. Même si l’accord émergent semble promettre une désescalade régionale plus large, l’avenir du Hezbollah reste en suspens. Les événements des dix derniers jours laissent peu de doute sur le fait que toute détérioration sérieuse sur le théâtre israélo-libanais pourrait rapidement mettre à l’épreuve les accords actuellement en cours de négociation. En fin de compte, la portée de l'accord dépendra moins de la cérémonie entourant sa signature que des détails contenus dans le texte final. Une fois que les détails seront entièrement rendus publics, après la signature du protocole d’accord, il sera crucial de savoir comment l’allégement des sanctions est séquentiel, si les avoirs gelés sont libérés immédiatement ou sous condition, quelles obligations deviennent effectives dès le départ, quels engagements sont reportés à des phases ultérieures et quels mécanismes existent pour faire face aux violations et, surtout, l’Iran peut-il revenir à la fermeture du détroit d’Ormuz s’il estime que ses promesses n’ont pas été tenues. Ces détails détermineront si le mémorandum deviendra le point de départ d’un processus diplomatique plus large ou simplement une pause avant un autre cycle de confrontation.