Plus d’argent, pas assez d’armes : l’Otan fait pression pour produire plus
⚡ Résumé rapide
Un an après leur engagement historique d’augmenter les dépenses de défense, les dirigeants de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), réunis la semaine prochaine à Ankara, devront relever un autre défi : amener l’industrie à produire suffisamment d’armes.
Un an après leur engagement historique d’augmenter les dépenses de défense, les dirigeants de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), réunis la semaine prochaine à Ankara, devront relever un autre défi : amener l’industrie à produire suffisamment d’armes.
Alors que l’argent afflue dans les budgets de défense – en hausse de 90 milliards de dollars en Europe et au Canada seulement l’année dernière – l’alliance de 32 pays a du mal à transformer ces fonds en puissance de feu.
"L'argent est crucial, mais on ne peut pas arrêter un missile ou un char avec un dollar ou un euro", a déclaré le chef de l'Otan, Mark Rutte.
"Nous devons rapidement transformer cet argent en capacités prêtes au combat. C'est notre priorité commune."
A Ankara, la question sera sous le feu des projecteurs alors que les dirigeants devraient signer des accords d'une valeur de plusieurs milliards de dollars lors d'un forum spécial de l'industrie en marge du sommet.
Les difficultés rencontrées pour amener l’industrie à produire suffisamment d’armes et assez rapidement ne sont pas une surprise.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a depuis longtemps mis en évidence les limites de l’Europe à produire suffisamment : les délais d’attente sont longs et les capacités cruciales font défaut.
Pendant ce temps, la guerre du président Donald Trump contre l’Iran a sapé les stocks américains et montré les difficultés auxquelles les entreprises sont confrontées pour les reconstituer.
Pour l’Europe, la nécessité d’intensifier ses efforts est d’une importance fondamentale, car elle semble devenir moins dépendante de Washington face aux doutes croissants sur la fiabilité américaine et aux avertissements que la Russie pourrait attaquer dans les années à venir.
"Nous avons appris comment lever des fonds supplémentaires. Nous devons encore apprendre à les dépenser de manière efficace afin de surpasser la Russie en termes de production, d'innovation et de puissance", a déclaré le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius.
L’industrie insiste sur le fait qu’un changement est déjà en cours après plusieurs décennies de sous-investissement généralisé dans la défense.
"De nombreux constructeurs investissent dans des capacités de production nettement plus importantes", a déclaré à l'AFP Camille Grand, secrétaire générale de l'association européenne des industries de défense ASD.
"Mais cela signifie-t-il que nous sommes exactement là où nous devrions être ? Probablement pas."
« Débordé »
Les analystes préviennent que si la guerre éclatait maintenant, l’Europe serait rapidement à court d’armes essentielles, comme les missiles de défense aérienne.
« Dans certains domaines critiques, la capacité de production actuelle de l’Europe serait dépassée en quelques jours », écrivent les analystes du Conseil européen des relations étrangères (ECFR).
« La production de munitions est passée de 300 000 obus par an en 2022 à un objectif de deux millions, mais cela n’est toujours pas suffisant pour un conflit prolongé. »
Certains des problèmes auxquels l’Europe est confrontée sont profondément ancrés.
L’UE a lancé une série d’efforts pour réformer son marché de la défense – mais le secteur reste profondément fragmenté, car des pays comme la France protègent farouchement leurs propres entreprises.
« Dans l’Union européenne, nous avons 27 marchés de défense, 27 ensembles de règles – et l’industrie de défense se heurte donc encore à de nombreux obstacles », s’est plaint Kubilius, qui supervise les efforts de l’UE pour soutenir la production, dans un récent discours.
Mais les efforts en faveur d’un marché unique de la défense sur le continent – et pour amener les pays à travailler davantage ensemble – se heurtent à des obstacles majeurs.
Les grandes entreprises du secteur ne sont pas incitées à investir car elles savent qu'elles bénéficieront d'un traitement préférentiel de la part de leurs gouvernements, a déclaré à l'AFP Guntram Wolff, expert en économie de la défense à l'Institut Bruegel de Bruxelles.
« Les achats allemands destinés aux entreprises nationales sont passés d’environ 30 % en 2020-2021 à 60 % en 2025-2026 », a-t-il déclaré.
Apprendre de l'Ukraine
L’Europe n’a pas besoin de chercher bien loin si elle veut un exemple d’industrie de défense agile, capable de rivaliser avec la Russie.
Malgré des bombardements constants depuis plus de quatre ans, l’Ukraine est devenue une puissance technologique produisant des millions de drones.
« L’industrie européenne de la défense fabrique des produits de défense « haute couture ».
Des produits technologiquement avancés, mais difficiles à fabriquer, coûteux et difficiles à développer », a déclaré Kubilius.
« L’industrie ukrainienne produit des armes adaptées aux conditions de guerre, pour fonctionner sur le champ de bataille. »
Un nombre croissant d’entreprises européennes nouent désormais des partenariats avec des entreprises ukrainiennes dans le but d’exploiter leur expertise et les responsables souhaitent aller plus loin dans l’intégration de l’industrie du pays.
« L’intégration industrielle de défense de l’Ukraine doit être considérée comme un investissement de sécurité actuel : ses innovations éprouvées, de la guerre des drones à la fusion du renseignement, sont des atouts dont l’Europe a besoin aujourd’hui », a déclaré l’ECFR.
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